Marko Turunen : la sculpturale bande dessinée de Marko Turunen
Comment es-tu venu à la bande dessinée ?
Comment tu écris ? Comment ce processus commence-t-il ? Qu'est-ce qui vient en premier ?
D'abord, il y a le sujet. Par exemple, pour L'Homme de Kotola [Frmk, 2026], j'ai vécu cet événement il y a plusieurs années. C'est de là qu'est venue l'idée.




Est-ce un travail que tu fais seul, ou avec d'autres ?
Quelles sont tes inspirations, les lectures qui t’ont marqué ?
Je ne peux pas dire que la littérature ait vraiment transformé mon écriture : mes connaissances dans ce domaine restent limitées. J'ai davantage lu quand j'étais plus jeune ; aujourd'hui, je n'ai plus le temps de lire autant que je le voudrais, car je m'occupe aussi d'autres formes d'art. De formation, je suis artiste visuel, et je puise assez largement dans l'art et la culture en général, beaucoup moins dans la musique.
Cela dit, la lecture reste un vrai plaisir. Ce que j'apprécie dans la littérature qui compte le plus pour moi, c'est qu'elle comporte plusieurs niveaux de profondeur, alors que d'autres lectures restent plus superficielles. J'aime la science-fiction depuis l'enfance.
Parmi les écrivains finlandais qui m'ont marqué : Jaakko Yli-Juonikas et Raija Siekkinen (elle habitait le même quartier que moi ; elle est morte dans un incendie). Il faut aussi citer Tove Jansson : Moomin : le papa et la mer est l'un de mes livres préférés. Je préfère d'ailleurs les romans consacrés aux Moomins aux bandes dessinées du même univers, car l'ensemble des romans forme un tout cohérent.
Aussi, Osamu Dazai, La Déchéance d'un homme (Éditions IMHO, 2024). J'ai aussi beaucoup aimé les trois livres de l'écrivain suédois Torgny Lindgren, Miel de Bourdon (Actes Sud, 1995), Fausses Nouvelles (Actes Sud, 2003) et La Bible de Gustave Doré (Actes Sud, 2008). Ce sont des œuvres indépendantes, mais qui appartiennent à un même univers – un peu comme une trilogie, sans en être vraiment une.
Pendant que je travaillais sur L'Homme de Kotola, j'ai lu Le Capital de Karl Marx. Ce fut une expérience marquante : je crois que c'est le livre le plus intéressant que j'aie jamais lu, autant par le fond que par la forme. Écrit cent cinquante ans plus tôt, il se lit presque comme de la littérature moderne. Un choix de lecture étrange, mais très émouvant.
C'est à cette même période que j'ai le plus lu, notamment Les Particules élémentaires de Houellebecq. J'étais jeune, je ne suis pas certain d'avoir tout compris, mais j'ai vraiment beaucoup aimé. Je devrais sans doute le relire. Plus jeune encore, Le Seigneur des guêpes d'Iain Banks (Fleuve noir, 2005) et Jag minns att jag drömde de Bo Carpelan [1979, non traduit en français, « Je me souviens d'avoir rêvé »] m'ont marqué.
Mes artistes de bande dessinée préférés sont sans doute Matti Hagelberg , Yuichi Yokoyama et Moebius. Parmi les dessinateurs qui comptent le plus pour moi figurent également Tove Jansson, Hayao Miyazaki, Aubrey Beardsley, Elina Merenmies, Ken Price et Jockum Nordström.
De formation, je suis artiste visuel, et les arts plastiques dans toutes leurs formes m'intéressent. Je citerai deux artistes récemment disparus : David Hockney et Harri Kalha. D'autres noms me viennent rapidement à l'esprit : l'artiste cubaine Belkis Ayón, Ismo Kajander et Anssi Kasitonni.
Les peintures africaines d'Akseli Gallen-Kallela m’ont marqué. Il a vécu un an ou deux en Afrique, où il a peint ces toiles avant de les mettre de côté. Je pense pourtant qu'il s'agit de son meilleur travail.

AKSELI GALLEN-KALLELA, "VAANIVA MAASAI"
Tout comme l'œuvre tardive d'Henri Matisse, les papiers découpés (The Cut-Outs), période où il a cessé de peindre pour se consacrer au collage, ainsi que le travail du photographe finlandais Pekka Turunen, Contre le mur (Seinää vasten).
Je terminerai en citant Kari Leppänen, dont les bandes dessinées et illustrations de science-fiction – y compris des couvertures de livres – ont compté parmi mes préférées durant ma jeunesse, ainsi que l'art des églises médiévales finlandaises, l'architecture des églises brutalistes, et les vaivaisukot , ces statues de mendiants en bois que l'on trouve à l'entrée de certaines églises.
As-tu travaillé avec d'autres artistes ?

Est-ce de l'autofiction, ou est-ce que tout est inventé ?
Il y avait ainsi une personne réelle derrière Le Cheikh hyperactif – un homme assez singulier, pour qui deux choses comptaient dans la vie : l'alcool et les femmes. Il aimait les femmes aux seins généreux; alors, pour lui faire plaisir, car le livre est plutôt dur et ne donne pas une très bonne image de lui ni de sa vie, j'ai dessiné tous les personnages féminins ainsi.
Qu'a-t-il pensé du livre ?
En dehors de la bande dessinée, que fais-tu ?
Je fais également un peu de sculpture, mais de façon modeste et rarement, et du collage. L'essentiel de mon temps est consacré aux bandes dessinées et aux illustrations. Un livre, c’est trois ou quatre ans.
Je commence un nouveau livre avant même d'avoir terminé le précédent, le travail ne s'arrête jamais. Quand un livre est achevé, c'est un peu comme un accouchement suivi d'une chute brutale – ce n'est pas très agréable. Il faut donc avoir déjà commencé le suivant pour que cette chute ne soit pas aussi profonde.
Souhaites-tu ajouter quelque chose pour les lecteurs français ?
Mon travail, en revanche, est différent : je veux que mes œuvres soient vues, que les gens les trouvent, les lisent, et peut-être s'y intéressent. Les livres restent, pour moi, ce qui compte le plus.
Interview menée à Kotka en juillet 2026 en finnois, anglais, à Kotka et par e-mail.